Affichage des articles dont le libellé est Edwige Aplogan. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Edwige Aplogan. Afficher tous les articles

samedi 26 septembre 2026

Meschac Gaba, l'anagramme qui ramène Patrice Talon à l'affiche

Dans le cadre de sa nouvelle exposition


Meschac Gaba est un artiste contemporain originaire du Bénin. Il a, pendant longtemps, vécu et travaillé en Occident, notamment, aux Pays-Bas. Depuis quelques années, il s'est réinstallé dans son pays. Il continue à travailler, à manifester sa démarche artistique. Il s'est investi dans une grande manifestation d'exposition. Elle s'ouvre le 30 septembre 2026 à Cotonou. L'ancien président, Patrice Talon, y trouve son bilan de gouvernance, mis en valeur par un jeu de mots.


Meschac Gaba et un aperçu des installations qu'il réserve au public 


"Bénin relevé […]" pour "Bénin révélé". La construction du mot, ''relevé'', à partir du mot, ''révélé'', c'est-à-dire une anagramme, le fondement de la monstration monumentale dont l'artiste contemporain béninois, Meschac Gaba, a l'habitude et qu'il prépare pour le mercredi 30 septembre 2026 à son domicile, sis quartier de Fidjrossè, à Cotonou, par rapport à une véritable aventure dans laquelle il entend embarquer le visiteur afin de lui faire découvrir son analyse laudative des dix années de gestion du pouvoir, au Bénin, par Patrice Talon, ancien chef de l'Etat.

La manifestation monstrative est dénommée ''Le Bénin relevé ou hommage à Patrice Talon''. Le titre en est soucieux de vanter les mérites de dix années. Ce sont celles de l'exercice du pouvoir par le président indiqué.

Meschac Gaba donne de bons détails de l'événement. Ce sera, en faveur du public, la découverte de cinq grandes étapes, des installations. La première est une œuvre originale de trois truelles. Elles sont composées en un triangle fortement expressif du Bénin métamorphosé sous Talon. La deuxième attire l'attention sur le caméléon, un animal remarquablement symbolique. Il rappelle le passage au pouvoir d'un autre ancien président, Mathieu Kérékou. Un clin d'œil à un réformateur de la période révolutionnaire ? La troisième se sert d'horloges. Elles replongent dans une époque fortement troublée, au Bénin, mais finalement stabilisée. On vit, à nouveau, de 1963 à nos jours, avec tous les présidents ayant gouverné le pays. La quatrième se fonde sur un instrument récupératif bien connu dans le pays. Le seau en caoutchouc recyclé d'extraction d'eau du puits. Chacun de ces seaux représente un canal incontournable d'expression de la voix politique. Il a fonctionné de 1991 à aujourd'hui. Le visiteur devra découvrir ce dont il s'agit. Patrice Talon a, aussi, profondément réformé le système en question. Un film constitue la cinquième installation. Il serait mal connaître Meschac Gaba pour limiter la monstration aux installations indiquées. Elle réserve d'autres grandes surprises, en termes d'œuvres et d'artistes participants.



De grosses pointures


''Le Bénin relevé ou hommage à Patrice Talon'' s'annonce comme un voyage. Il fera entrer le public au domicile de Meschac Gaba, un véritable train. Il transportera vers les couloirs menant aux pièces de vie des différentes installations. Celles-ci, dans leur élaboration, ont rendu nécessaire la partition de prestigieuses collaborations.

Meschac Gaba a adressé la première invitation à travailler à son "patron", se plaît-il à le définir. Gratien Zossou, artiste béninois polyvalent et, notamment, plasticien, fait valoir un parcours professionnel édifiant. Le public devra faire le déplacement du 30 septembre 2026. Ce sera pour découvrir la touche d'un tel dinosaure. La nouvelle exposition de Meschac Gaba reste l'opportunité pour suivre ce que devient la démarche de l'ancien.

Edwige Aplogan, de son côté, ancienne avocate parisienne, est une artiste plasticienne praticienne du plexiglas. L' "amie" qu'elle représente pour l'hôte, a participé à nourrir sa vision. Elle est celle de valorisation de la décennie de gouvernance de Patrice Talon. Ce qu'elle a apporté pour faire exister le projet sortirait, alors, du mystère.

Entre patronat et amitié, Meschac Gaba aura fait le lien. Il est urgent d'en connaître l'aboutissement artistique. Ce sera neuf bonnes années après sa dernière exposition. Elle s'était tenue à l'Espace culturel, ''Le centre'', sis quartier d'Atropocodji à Godomey. Cet arrondissement se trouve dans la commune d'Abomey-Calavi, au Bénin.

Le vernissage du ''Bénin relevé ou hommage à Patrice Talon'' se tient le 30 septembre 2026 à 18 heures. Le cadre en est le domicile de Meshac Gaba, situé derrière l'école primaire publique de Fidjrossè centre.


Marcel Kpogodo

jeudi 6 mars 2025

Quand Charly d’Almeida innova avec “Les souvenirs de ma bouche”

Dans le cadre d'une certaine exposition


“Les souvenirs de ma bouche” est une exposition qui a duré trois mois. Elle s’est tenue à la galerie, ’’Gallery Charly’’, à Cotonou. Une conférence de presse avait permis de découvrir l'événement. Elle a eu lieu le 8 février 2025 au site indiqué. Cet échange avec les journalistes a montré une réalité fondamentale. Il s’agit de la portée faciale d’originalité de la démarche de travail de Charly d’Almeida. Il est un artiste contemporain béninois.


''Paroles profondes'', de Charly d'Almeida, qui avait été présentée à l'exposition, ''Les souvenirs de ma bouche''


Des tôles battues à des formes concaves pour aboutir à des bouches entrouvertes. Le parcours d’une démarche artistique de récupération dont le fonctionnement a été abordé à la conférence de presse de présentation de l’exposition, ’’Les souvenirs de ma bouche’’, qui s’est déroulée le samedi 8 février 2025, à la ’’Gallery Charly’’, au quartier de Zongo, à Cotonou, et qui a été co-animée par l’artiste contemporain béninois, Charly d’Almeida, et le curateur de l’exposition, Steven Coffi Adjaï.


Les formes circulaires représentent à la fois des yeux et des bouches. L’artiste intègre également d’autres métaux à résonance, tels que des gongs, des spirales ou des roulements de moto et de voiture. « Cette forme a été pour lui une révolution. Au-delà des assemblages de matériaux qu’il utilisait dans ses sculptures, il a voulu créer une forme qui lui est propre », précise le curateur.


Charly d’Almeida se souvient que cette forme ronde était déjà présente dans ses premières peintures des années 1990. « Nous avions organisé un atelier à Allada, dans le village du Roi Kpodégbé, avec des artistes plasticiens comme Edwige Aplogan, Dominique Zinkpè et Sokey Edorh du Togo. Mes premières peintures, réalisées dans ce village, étaient esquissées avec beaucoup de ronds. Au départ, ces formes représentaient l’œuf, symbole de la vie. Puis, leur sens s’est métamorphosé lorsque j’ai commencé la sculpture métallique. C’est une métaphore où je suis passé de l’œil à la bouche », raconte-t-il.


La bouche, au centre de l’exposition, ’’Les souvenirs de ma bouche’’, est, donc, l’aboutissement d’une démarche séculaire. Elle s’est affermie sur plus de trois décennies. Aujourd’hui, cette démarche se matérialise par quatre séries d’œuvres qu’a montrées l'exposition “Les souvenirs de ma bouche”. Elles variaient entre des procédés de peinture, de sculpture et d’assemblage de métaux.


La série, “Paroles profondes”, mettait en scène différentes bouches composées de manière très singulière. Certaines sont trouées, d’autres, consistantes, et d’autres, encore, sans ouverture. « Les bouches trouées reflètent les paroles flatteuses, qui ne sont pas destinées à produire un impact sur la communauté. Celles qui sont consistantes, comportant des matières, représentent les paroles qui perdurent dans le temps, influencent et nous construisent. Les bouches sans ouvertures symbolisent les paroles silencieuses, car il n’existe pas que le verbe pour exprimer une parole », explique Steven Coffi Adjaï.


Quant à la série, “Prestesses”, elle succédait à celle des “Paroles profondes”. Elle donne la parole aux femmes de pratique de la religion du vodoun de la société béninoise, évoquant les “Tangninnon” et les “Yalatchè”. « Une prêtresse n’est pas faite pour proférer des paroles négatives. Sa bouche bénit. C’est aussi une invitation à réfléchir au rôle de nos prêtresses », affirme Steven Adjaï. Ces œuvres se caractérisent par des traits féminins visibles : des tresses sur la tête, des gestes et des mouvements dans l’expression artistique.


Dans la série, “Les rêves de Dodji”, l’artiste présentait le personnage de Dodji, un prénom qui signifie “Espoir” ou “Espérance” en langue du mina ou de l’éwé. Elle explore les rêves du personnage, que l’artiste invitait le public à découvrir.


Concernant la série, “Cadences”, elle reflète l’expérience de danseur de Kaléta de Charly d’Almeida. Les peintures, empreintes d’humour et de gestuelles, célébraient ce masque à travers une explosion de couleurs. Pour Steven Coffi Adjaï, ce projet “était aussi une forme de mémoire culturelle, une lutte contre l’amnésie.


Genèse et concept

“Les souvenirs de ma bouche” est le fruit d’un ensemble d’histoires, de réflexions, de choix et de concepts. Son premier jet commence en 2023. « L’histoire de cette exposition remonte à la série “The Love of Word” (L’amour des mots), qui est l’un des premiers jets de ce projet. Une série dont une paire de pièces a participé à l’exposition diptyque, “Art du Bénin d’hier à aujourd’hui, de la restitution à la révélation” », selon Steven Coffi Adjaï. Après cette étape, une pièce intitulée “Mémoire de l’œil” a été conçue en 2023 et présentée lors de l’exposition, “Hommage à la sculpture contemporaine de Cotonou”, à la ’’Septième gallery’’, de Cotonou. En 2024, les réflexions ont évolué vers un concept qui s'inspire de la sagesse orale du Bénin.


Ce concept théorique et narratif de l’exposition repose sur deux proverbes de la langue du fon : « É non yi amlon min ha dlo kou to a ». Ceci signifie « Nul n’accompagne le rêveur dans son sommeil» et « Min dé toun amlon éé minwè dlo dé or éaa », pour « Nul ne sait dans quel sommeil se trouve le rêve ». « Le rêve est un élément très important dans la création. On a l’idée d’une pièce, on la pense. Mais, il faut parfois savoir regarder la matière que l’on veut utiliser et imaginer des formes qui n’ont jamais existé. Ces moments de rêve, dans l’acte de création, ne sont pas uniquement liés au sommeil. On peut faire un rêve éveillé, percevant les formes qui nous intéressent, qui nous habitent », a expliqué Steven Coffi Adjaï.


Les œuvres exposées sont également le reflet de l’amour de l’artiste pour sa mère. Charly d’Almeida confie qu’elle lui a toujours enseigné le poids des mots et la fragilité de la parole. « J’ai voulu parler de la bouche, montrer que la parole est très sacrée. Chez nous, on dit : “A djro nan do ho o, anan lilè dè azon tinwé”, [traduit de la langue du fon], ’’Avant de faire sortir une parole de sa bouche, il faut remuer sept fois la langue’’, parce que cette parole qui unit le monde et les cultures peut aussi engendrer une guerre si elle est mal placée », expliqua-t-il.


Léandre Houan