jeudi 23 avril 2026

’’Pile ou face’’ de Beaucéjour Akodjènou ou quand la froideur et le cynisme se donnent la main

Dans le cadre de l’avant-première du film


’’Pile ou face’’ est un long métrage de fiction, réalisé par Beaucéjour Akodjènou. L’avant-première du film s’est tenue le vendredi 13 février 2026. Le lieu du déroulement de l’événement était ’’Le privilège’’, à Abomey-Calavi. L’amour est le thème principal de la production. Un sang-froid remarquable y met en relation les protagonistes. Il fait s’enchaîner les méfaits liés à un amour hors de contrôle. 


La paix qui ouvre la boîte de Pandore dans ''Pile ou face''

L’amour, de la candeur à l’horreur, par un haut niveau de maîtrise de soi, à des fins de grande nuisance. La substance des 117 minutes 25 secondes de ’’Pile ou face’’, le film de fiction de long métrage, réalisé par Beaucéjour Akodjènou, qui a été projeté, en avant-première, le vendredi 13 février 2026, à la salle de cinéma du complexe hôtelier, ’’Le privilège’’, situé au quartier d’Arconville, dans la commune d’Abomey-Calavi, au Bénin.

Chéryl, portant le gâteau approprié, se rend chez son amoureux, Rashid. Elle va célébrer son anniversaire. Elle découvre Gloria avec qui il la trompe. Elle rebrousse chemin, emportant la bouteille de champagne. Peu après, l’infidèle se présente au domicile de la cocue. Il lui restitue les affaires qu’elle avait laissées chez lui. Il lui réclame aussi les clés de son appartement. Chéryl tente de surmonter son malheur. Elle va à une soirée, initiée par son amie, Rébecca. Elle achève la sortie par une relation intime avec un inconnu. Elle retourne à sa maison, rejoignant Alison, cette amie de longue date. L’action évolue. Toutes deux honorent un dîner auquel les a invitées Marc, le prétendant d’Alison.  Chéryl se rend compte qu’il est l’inconnu de la soirée avec Rébecca. Marc fait une fixation sur elle. Tout bascule puisqu’il l’aime à l’obsession. Dans la foulée, Marc, médecin, utilise les proches de ses patients démunis. Il soigne, à moindre frais, les malades concernés si les membres de leur famille collaborent avec lui. Ils doivent l’aider à séparer Chéryl de Rashid avec qui elle s’était réconciliée. La malfaisance de Marc n’a plus de limites. Il la fait filer. Chéryl lui fait front jusqu’à un deal macabre. Ils s’égalent en froideur.

Dans le film, elle leur fait s’affronter sans des éclats mais avec des dégâts. Alison, Tiphaine Amégbédji, à l'état-civil, en perd sa grossesse et la vie. C'est après qu’elle a tout découvert. Elle a compris l’infidélité de Marc et son obsession pour sa meilleure amie.

La tension qui parcourt le film ne tombe à aucun moment. Les acteurs en prennent l’ampleur. Ils l’entretiennent par du sang-froid et de l’impassibilité. En toute douceur, ils se règlent des comptes. Comme sous la pression d’un darwinisme latent, les plus faibles disparaissent. Marc a fini de les affaiblir, de les utiliser, de les user. La tension se matérialise par une évolution à pas feutrés, non par de l’explosion. L’action ne suscite pas moins de la réaction. Marc et Chéryl, jusqu’au dénouement, sont les maîtres du jeu. Gaël Hounkpatin et Hidayatou Ibrahim, respectivement, à l’état-civil, sont à un niveau maîtrisé et canalisé de leur feu intérieur. Bien que jeunes, ils montrent de la poigne, de la maîtrise de leur rôle. Le spectateur sent qu’ils ne sont pas à leurs débuts au cinéma. Le premier porte à sa boutonnière une dizaine de productions dans lesquelles il a été acteur. ’’Kutonu’’ et ’’Le grand tournant’’ n’en sont pas des moindres. La seconde a impressionné, entre autres, dans ’’Braquage à la béninoise’’ et dans ’’Mami wata’’

Joseph Sossou, lui, Rashid, dans ’’Pile ou face’’, reste le roi de l’outrecuidance. Il en use dans un calme, une froideur et une désinvolture à couper le souffle. Son surgissement au domicile de sa dulcinée qu’il a trompée, pour rendre des effets et réclamer une clé en a donné un certain ton. Son  cynisme se fonde sur un grand sang-froid. 

Beaucéjour Akodjènou, le réalisateur, a tissé un réseau psychologique à l’image du fonctionnement de la société béninoise. Elle sait tout subir, encaisser, gérer, contrôler et tout détruire, régler, en douceur. Comment y est-il arrivé ? Inévitablement, par ce qu’il a de commun avec la plupart de ses acteurs : du métier. 

Le trentenaire est Licencié professionnel en Réalisation cinéma-Tv. Son institution de formation est devenue une légende. Il s’agit de l’Institut supérieur des Métiers de l’audiovisuel (Isma). Il est le fondateur d’une structure de travail, la ’’Dream focus production’’. Beaucéjour Akodjènou capitalise le sceau de son label sur des séries de télévision, des séries du web. Ce sceau le fait auteur de spots publicitaires, de films de tous métrages. Ces films relèvent de la fiction ou du documentaire. Il a conçu ces productions audiovisuelles pour le Bénin, pour l’ouest-africain. Il en a fabriqué pour des organisations internationales de poids. Il accomplit cette œuvre entre 2025 et 2013, trois ans avant son diplôme.

Il consentit quatre ans de désert. Ce fut pour la post-production de ''Pile ou face''. Il allia professionnalisme et jusqu'au-boutisme. C'est une endurance propre aux affermis du cinéma. Beaucoup de réalisateurs, sans elle, abandonnent un projet, à deux doigts de son aboutissement. 

Il a, donc, du métier. Il a voulu se meubler dans le commun du film contemporain. Il a osé l’incontournable du sexe à la 920ème seconde de ’’Pile ou face’’. La séquence intime entre Marc et Chéryl a fait son effet. Il a eu l’audace de la violence par le pistolet. Cette séquence est effective après 57 minutes et 22 secondes de visionnage. Ola, qu’incarne Hermann Agazounon, force Rashid à ne plus revoir Chéryl. Un pied-de-nez, un hors-sujet par rapport à la logique de Beaucéjour Akodjènou dans le film. Elle est celle d’une tension fondée sur l’explosion psychologique. Elle est celle d’une tension qui exclut toute explosion physique. Marc avait usé d’un couteau pour dissuader la même Chéryl. Il aurait fallu ne pas en faire une habitude. Il aurait fallu rester fidèle à l’atmosphère généralement feutrée du film. Il comporte plusieurs séquences de vue aérienne d’une ville animée, de jour et de nuit. Cela suffit, de même que les paroles suggestives de la musique, écrites par Palenfo Dômontchièleh. Cet assemblage donne du mouvement à ’’Pile ou face’’. En juin 2026, les spectateurs devraient se ruer vers les salles de programmation de sa projection. Ce sera pour admirer du regard une production béninoise se positionnant en une merveille.

Marcel Kpogodo

vendredi 20 février 2026

Rafiy Okéfolahan avait dialogué avec des enfants

Par sa résidence à L’Espace Culturel Le Centre

Rafiy Okéfolahan est un artiste peintre béninois. Il avait effectué une résidence de création à l’Espace Culturel Le Centre. Il a accueilli, à cette occasion, le public du quartier de Lobozounkpa, à Abomey-Calavi. C’était pour une rencontre-discussion. Elle a eu lieu le mercredi 7 janvier 2026. L’artiste en avait profité pour échanger avec des enfants. Il leur a parlé de son processus de création.


Rafiy Okéfolahan, devant, dans ses explications à ses jeunes auditeurs

« Avant de peindre, il faut choisir le support. Sans support, il n’y a pas de peinture. Ici, moi, j’utilise des toiles ». Les premiers mots de la présentation de sa démarche créative par Rafiy Okéfolahan à ses tout premiers visiteurs, des enfants venus découvrir, le mercredi 7 janvier 2026, l’atelier de l’artiste en résidence de création, à l’Espace Culturel Le Centre, sis quartier de Lobozounkpa, dans l’arrondissement de Godomey, de la commune d’Abomey-Calavi.

L’artiste a adopté une méthode pédagogique afin de faciliter la compréhension de son message. « Ensuite, il faut préparer le support », a-t-il poursuivi. Il a donné des précisions sur le matériel de création de ses œuvres. Il a évoqué l’acrylique, la peinture à huile et la peinture à eau. Il a aussi montré les variantes et le rôle des couleurs qu’il utilise. Il est, alors, passé à une autre étape.

« Sur la toile apprêtée, je dessine, selon ce que je veux obtenir, la silhouette ». Il a continué, par ces propos, montrant à ses auditeurs un fusain. De manière interactive et illustrative, il a fini par la coloration du dessin. Puis, il s’est à nouveau exprimé. « Je choisis des pinceaux en fonction de leur taille, selon le dessin à colorier », a-t-il repris. « Et je sélectionne différentes couleurs pour colorier le dessin », Il a abordé, en outre, le sens de ses créations. « L’artiste exprime toujours quelque chose à travers sa création ». Rafiy Okéfolahan donnait ces détails, se tenant devant l’un de ses tableaux. Il en a dévoilé le sens. « J’ai peint cette toile pour parler des offrandes ». Après qu’il a parlé, les jeunes visiteurs lui ont posé des questions. Ses réponses lui ont permis de parler du fixage des toiles et de leur séchage.

Par ailleurs, il est intervenu sur la place du numérique dans sa démarche. « En plus de nos cultures et des faits de société, je m’inspire d’Internet ». Il a ajouté un conseil à l’endroit des jeunes curieux. « Utilisez Internet de façon consciente. C’est comme un couteau », a commencé l’artiste. « On peut utiliser le couteau pour cuisiner de bons plats. À l’inverse, il peut vous blesser ». Son avertissement a bien résonné chez les jeunes visiteurs. « Je trouve que le conseil de l’artiste concernant Internet est un enseignement. Il nous informe sur les bonnes conduites », a confié Alvyne Dagbozoun. Selon Nurath Salako, 10 ans : « J’ai aimé la manière dont l’artiste dessine les animaux et les boissons ».



Sens d’une résidence


La résidence artistique de Rafiy Okéfolahan s’inscrivait dans le cadre de son projet, ’’Origines’’. Il y était soutenu, dans sa réalisation, par le Fonds de Développement des arts et de la culture (Fdac). Cet appui fut opérationnalisé par l’Agence de Développement des arts et de la culture (Adac). Il s'agit d'une institution exerçant sous la tutelle du ministère du Tourisme, de la culture et des Arts (Mtca) du Bénin. Ce soutien a permis à l’artiste de mener des recherches, d’expérimenter et de produire des œuvres sur une certaine durée. Le projet avait abouti à l’exposition, ’’D’artificielles Origines’’. L’Espace Culturel Le Centre était l’un des partenaires de l’événement.



Rafiy se révèle ...


Les enfants ont fini de découvrir l’atelier et la démarche de Rafiy Okéfolahan. L’Espace Culturel Le Centre s’est métamorphosé. Les enfants étaient partis. La soirée s’était installée. Il a fallu changer de décor. Un autre public a pris place. Voilà la rencontre-discussion. Rafiy Okéfolahan devait répondre aux questions d’une personne. Il s’agissait de Mora Gaba, chargé de communication de l’Espace.


Rafiy Okéfolahan, au cours des échanges ayant permis de mieux de le faire connaître du public adulte

L’artiste a expliqué avoir débuté sa carrière en 2005 à Cotonou. Il a participé, pour la première fois, au festival, ’’Boulev’art’’. Il avait été organisé par l’artiste contemporain, Dominique Zinkpè. En classe terminale, il a intégré un collectif de rappeurs. Sa passion pour l’art l’a amené à Dakar, au Sénégal, en 2006. Il y a participé à la Biennale de Dak’art. Cet événement s’est révélé une étape déterminante dans son parcours. Son séjour avait aussi été marqué par une expérience académique. Il a passé une année à l’École nationale des Arts de Dakar. Elle a nourri sa pratique et son regard. Il s’est rendu compte d’une réalité importante dans la capitale sénégalaise. Il y existait plusieurs programmes et des infrastructures permettant aux artistes de développer leurs compétences. Trois années après, il est revenu au Bénin. Il s’était trouvé enrichi d’un nouveau rapport à la création et à l’environnement artistique.

Dans ses œuvres, Rafiy Okéfolahan traite des réalités socio-économiques. Il les exprime par une abondance de couleurs vives. En 2019, il a créé la galerie, ’’La grande place’’. Il l’a installée à Porto-Novo, sa ville natale. Aujourd’hui, il vit et travaille entre le Bénin et la France.

Il est revenu sur son projet du début de l’année, 2026. Au bout de six semaines de travail, il a exposé ses œuvres, comme prévu, à travers l'exposition, ’’D’artificielles origines’’. Le vernissage en avait eu lieu le 16 janvier 2026 à l’Espace Culturel Le Centre. La monstration a servi d’une opportunité remarquable au public. Il y a découvert le fruit de plusieurs mois de recherches, de dialogues et de création. Ils ont pris corps sur le même lieu de la résidence de création de Rafiy Okéfolahan.

Léandre Houan / Marcel Kpogodo