dimanche 21 juin 2020

Joannès Mawuna : l'exploration de la féminité atypique

Dans le cadre de son exposition au "Centre" de Godomey

Depuis le 8 février 2020, l'exposition sur le thème, "Déambulations urbaines", a été lancée au "Centre" de Godomey. Eric Médéda, Joannès Mawuna et Richard Di Rosa sont les artistes ayant dévoilé leurs travaux, le résultat de trois semaines de résidence. Particulièrement, les oeuvres du deuxième artiste interpellent sur la femme exerçant de manière inédite en milieu professionnel. 

Joannès Mawuna et, derrière lui, une esquisse des photographies irrésistibles qui attendent le visiteur

La femme pratiquant un travail peu attendu pour elle, représentée en 10 photographies réparties en 5 diptyques. Ce qui constitue la force de l'implication du photographe d'art, Joannès Mawuna, dans l'exposition, "Déambulations urbaines" dont le vernissage s'est effectué le 8 février 2020 au "Centre" de Godomey, à Lobozounkpa, dans la commune d'Abomey-Calavi. Avec Éric Médéda et Richard Di Rosa, il a constitué le trio d'artistes ayant présenté l'aboutissement de trois semaines de résidence.


En particulier, Joannès Mawuna a soumis au regard des visiteurs, 10 photographies concernant 5 femmes. Ce sont donc 5 groupes de 2 photographies, plus précisément, 5 diptyques qui ont accroché l'attention sur le thème : "Ne suis-je pas une femme?". Des photographies de 120 cm x 80 cm et de 60 cm x 90 cm racontent une femme qui se passionne à vie pour un métier que le conformisme social croit réservé aux hommes ; elle est soudeuse plastique, soudeuse métallique, conductrice de taxi-moto, fondeuse ou mécanicienne. Impressionnant et, ce qui devrait déterminer tous ceux ayant entendu parler de cette exposition ou non à aller la voir pour s'enrichir la mentalité, se la renouveler sur la femme en relation avec le monde professionnel à l'époque contemporaine où elle ne sent plus un frein dans le choix d'un métier d'homme.


Pour Joannès Mawuna, l'objectif qui l'a guidé vers un tel sujet, s'il le poursuit depuis 2016, consiste à "faire la lumière sur les femmes qui exercent un métier d'homme". Chez lui, l'optique d'induire une prise de conscience est claire ; il est question de "sensibiliser les jeunes filles et les femmes qui pensent qu'elles ne peuvent pas aller dans ce genre de métier". La prise de position radicale de l'artiste se fait jour : "Les métiers sont faits pour tout le monde, quel qu'en soit le sexe". Et, il conclut violemment : "C'est la force mentale qui fait le métier et non la force physique".


Une réelle et forte conviction est donc le fondement de l'inspiration de Joannès Mawuna dans "Déambulations urbaines" et non une volonté de conformisme à une opportunité. Ceci rend impérieux d'aller voir la présentation intitulée, "Ne suis-je pas une femme ?", incluse globalement dans l'exposition mentionnée. L'enjeu en sera la découverte de l'originalité de la démonstration de son travail par un artiste photographe confiant priser par-dessus tout le naturel, le réel comme fond de décor de ses œuvres photographiques.



Joannès Mawuna, qui vient de si loin ...


Bien qu’étant productif, Joannès Mawuna, c'est l'effacement dans l'exercice d'un métier qui, loin d'être un pis-aller, reste la manifestation et la conséquence d'une vocation intrinsèque lointaine : fasciné par la photo depuis l’enfance, à 7-8 ans, ce titulaire d’une Maîtrise en Géographie et Aménagement du territoire, cet ancien Directeur du mandat 2015 de l’Ensemble artistique et culturel des Etudiants (Eace), se fabrique un appareil-photo rudimentaire en lui adaptant un système de flash, qu’il conçoit avec une ampoule qui s’allume par des piles, au moment fatidique de l’immortalisation de l’instant choisi.


En classe de quatrième, par sa mère, il acquiert son premier appareil à pellicule après avoir sacrifié une somme de dix mille francs, offerte par un oncle à l’un de ses passages à la maison. L’occasion pour vivre ce qu’il appelle ses « premières erreurs » dans la gestion de la machine et dans la pratique du métier. En Seconde et en Première, il s’impose comme un bon photographe, écumant les cérémonies de tous ordres, à Gadomé et ses environs, pour faire valoir ses fraîches compétences. « Il faut suivre les enfants depuis le bas âge dans leurs amusements afin de les orienter, de les canaliser, de les mettre dans leur métier », affirme-t-il, le regard revisitant, un laps de secondes, cette époque formatrice.


Dès qu’il intègre l’Eace en 2008, il fourbit davantage des armes déjà bien aiguisées jusqu’en 2012 dans la section ’’Ciné-Photo-Unesco'' et s’initie, entre temps, au graphisme. En 2009, sa culture des sujets purement sociaux s’affirme avec son intérêt pour les mères fabricatrices des nattes de jonc. La série de photos, qu’il en réalise vise à sensibiliser le grand public, d’une part, sur les grandes difficultés de ces femmes dans le processus de leur labeur  et, d’autre part, sur la rentabilité presque nulle de l’activité, de façon à amener les populations à ne plus débattre le prix déjà dérisoire de ces nattes.


Avec sa jouissance d'une demi-bourse de formation reçue à la section ''Ciné-photo-Unesco'' de l'Eace, l’appareil photo argentique n’a plus de secret pour lui. Quant à l'appareil photo numérique, il s'y forme en autodidacte. 


En 2016, son départ de l’Eace lui ouvre la porte au traitement successif d’autres sujets de société : les jumeaux au ’’Centre’’ de Godomey, sur le thème : « Les jumeaux : retour à l’immortalité », puis « Les enfants talibés dans leur milieu », au Centre culturel ’’Artisttik Africa’’, dans une exposition photographique collective. « Je m’intéresse à tout ce qui se passe autour de moi afin de sensibiliser sur ce qui n’est pas compris », éclaire-t-il sur le choix de ses thèmes de travail, qui, souvent, concernent son environnement immédiat et l’univers des réalités méconnues de la culture endogène. « Mon inspiration naît de mon quotidien », achève-t-il. Par ailleurs, il n’hésite pas à mentionner, d’un ton reconnaissant, l’intérêt pour sa démarche d’un titan béninois de la photographie d’art : Ishola Akpo.


Aujourd’hui, Joannès Mawuna, Joannès Doglo, à l’état-civil, Mawuna étant son prénom de maison non enregistré, mais préféré et utilisé par sa grand-mère, gravit lentement mais sûrement les marches d’un professionnalisme rompu, lui qui, dans un passé récent, par le biais d’ ’’Ancéfa Africa’’, au Sénégal, s’est classé 1er sur 39 postulants, dans la catégorie ’’Photo’’, par rapport à une compétition rude.


Aller alors voir son tout dernier travail, dans ’’Déambulations urbaines’’, s’impose, avant le 31 juillet 2020, date de la clôture de l’exposition, afin de toucher du doigt un génie créatif inculturé qui respecte l’Afrique, qui dévoile l’Afrique, qui existe pour une Afrique meilleure.

Marcel Kpogodo

vendredi 19 juin 2020

"Les femmes de l'Association "Hanlissa" " relèvent le défi d'une parfaite célébration

Dans le cadre de la tenue de la Fête des Mères

Les activités liées à la célébration de la Fête des Mères, prévues par "Les femmes de l'Association "Hanlissa" ", ont bel et bien eu lieu le dimanche 7 juin 2020 au restaurant "Sapin royal" à Tankpè, dans la commune d'Abomey-Calavi. L'initiative a donc été un franc succès. 

Elles ont fait le déplacement des grands jours

Conférences-débats, repas, réjouissances et coupure d'un gâteau. Les quatre phases ayant meublé la célébration de la Fête des Mères par "Les femmes de l'Association "Hanlissa" " dans la journée du dimanche 7 juin 2020 au restaurant "Sapin royal" du quartier de Tankpè à Abomey-Calavi. Le cadre choisi pour les festivités, un espace à la fois ouvert et intime, a laissé se manifester une ambiance bon enfant, décontractée, empreinte de jovialité et de gaieté. 

Aubin Akpohounkè, au cours de la manifestation

Dans un contexte aussi attrayant, Aubin Akpohounkè, journaliste et animateur culturel de langue nationale fon, puis promoteur du festival "Hanlissa" et de l'émission télévisuelle du même nom, a savamment orchestré le passage d'une activité à l'autre. Ayant donc officié comme présentateur. il se sentait en harmonie avec son domaine et dans une parfaite symbiose avec les mères de son association culturelle, qui se sont déplacées massivement afin de vivre l'événement, habillées qu'elles étaient dans un joyeux uniforme en fond bleu clair, avec un chapeau estampillé "Hanlissa". 


Des communications 

Concernant les communications prévues, deux orateurs se sont succédé en face du public de mères afin de décliner leurs thèmes respectifs. 

Stella Amoussouga

D'abord, Stella Amoussouga, journaliste à la télévision, "La Béninoise Tv", est intervenue sur les missions cardinales de la mère au sein du foyer. Ainsi, elle a évoqué la sensibilité du rôle social de la mère qui met au monde l'enfant, l'élève et l'éduque. 


Selon ce triple processus, elle le nourrit en lui donnant le sein, lui apprend à marcher et détient sur lui un pouvoir de façonnement de son avenir par la parole qu'elle émet sur lui. 


Par la suite, abordant les devoirs de la mère envers l'enfant, il revient, pour elle, à la femme procréatrice de développer des qualités de patience afin de conduire l'être humain de l'enfance à l'âge adulte, de prononcer à son endroit des bénédictions afin de lui garantir un avenir radieux, de travailler à faire de ses enfants des amis, de se familiariser au calendrier afin de maîtriser le cycle menstruel de sa fille aux fins de la guider à éviter les grossesses non désirées, de suivre l'enfant dans ses années d'études afin qu'il y réussisse, d'éviter de contredire le père du foyer dans ses orientations et, notamment, de savoir gérer le téléphone, les réseaux sociaux et la télévision de façon à ce que ces canaux de communication ne créent pas des désagréments dans la famille. 


Closant son exposé, Stella Amoussouga a félicité la mère pour tous les sacrifices qu'elle consent afin de faire face avec succès à sa lourde mission et lui a rendu hommage du fait qu'elle aille jusqu'à sacrifier son patronyme en faveur de celui de son mari. Elle a, par conséquent, appelé à honorer sa mère quels que soient son milieu social, sa situation, ou qu'elle soit sorcière ou non. 

A gauche, Jean-Pierre Hounti-Kiki, au cours de sa communication

Quant au chanteur de la musique traditionnelle, Jean-Pierre Hounti-Kiki, il a axé sa communication, tenue en langue nationale fon, comme son prédécesseur, sur le pouvoir essentiel de la femme et de la mère. Il a alors montré que la femme, de manière fondamentale, est un être qui détient le pouvoir, quel que soit où elle se trouve, ce qui a conduit, selon l'intervenant, dans les temps anciens, les ancêtres à empêcher la femme d'appartenir directement et visiblement à une sphère où s'exerce le pouvoir. 


Selon lui, elle est aussi le bastion de la tradition et l'agent de sa transmission aux enfants, ce qui impose à la mère, pour réussir cette mission, d'effectuer des recherches sur la famille de son mari et sur la sienne afin de maîtriser les principes à transmettre à sa progéniture. 
Par ailleurs, à en croire l'intervenant, une autre sphère du pouvoir de la mère est le verbe qu'elle doit savoir utiliser en faveur de ses enfants. Il a, en outre, prodigué aux mères un conseil, celui d'aller puiser dans la tradition les richesses afin de réussir une éducation authentique et inculturée des enfants. 


Dans son argumentation finale, Jean-Pierre Hounti-Kiki a relevé les domaines où la mère fait un usage négatif de son pouvoir : la sorcellerie, les pouvoirs occultes, sa personne propre dans laquelle elle cultive la crainte de soi et des autres. Il a, par la suite, prononcé des bénédictions sur les mères. 


D'autres activités 

Kpètchéwè, de la musique traditionnelle ...

... et Chimo la diva, de la musique moderne d'inspiration traditionnelle, ont émerveillé les mères par leur prestation musicale

Si les intermèdes entre les activités au programme ont été assurés par des étoiles montantes de la musique béninoise, telles que Kpètchéwè et Chimo la diva, la fête des mères s'est poursuivie avec un repas des grands jours qu'ont partagé les mères "Hanlissa". 


Aussi, il y a eu des moments chaleureux où des pas de danse ont été esquissés par les membres présentes des "Femmes de l'Association "Hanlissa" ". 

Les mères en train de savourer leur repas ...

... puis de se défouler à travers l'exécution d'une danse bien cadencée

Enfin, dans une allégresse hors du commun, un gâteau a été découvert, découpé et partagé. 

 
Coupure du gâteau symbolique


Marcel Kpogodo